top of page

Les statues qui marchaient : Le mystère et la science derrière les géants de l’île de Pâques

L’île de Pâques fait partie de ces endroits où le temps semble suspendu. Perdue dans l’immensité du Pacifique Sud, elle abrite l’un des plus grands mystères de l’humanité: les moais, ces statues colossales au regard impassible, tournées vers le cœur de l’île.

l’île de Pâques

Sarra Hedfi

2 déc. 2025

Depuis des siècles, elles inspirent les explorateurs, les archéologues et les rêveurs. Une question simple, mais vertigineuse, a toujours plané au-dessus d’elles: comment un peuple sans roue, sans métal et isolé sur une île minuscule a-t-il pu déplacer des statues de plus de 80 tonnes, hautes de près de 10 mètres ?



Pour percer ce mystère, il faut remonter plus d’un millénaire en arrière, à l’époque où les premiers habitants, les Rapa Nui, taillaient ces géants dans la roche du volcan Rano Raraku. Allongés à flanc de montagne, les moais semblaient dormir, attendant le moment où on les libérerait de la pierre.


Une fois détachées, ces sculptures devaient parcourir plusieurs kilomètres sur un terrain difficile. Pendant des générations, les hypothèses se sont multipliées: traîneaux titanesques, rondins de bois, glissement sur sol humide... Certains allaient même jusqu’à invoquer des civilisations disparues ou des visiteurs venus d’ailleurs. C’est dire la fascination qu’elles suscitaient.

Mais un détail intriguait encore les chercheurs: la tradition orale rapanui affirmait que les statues “marchaient”.



Terry Hunt et Carl Lipo
Terry Hunt et Carl Lipo

Au début des années 2010, deux chercheurs américains, Terry Hunt et Carl Lipo, décidèrent de prendre cette légende au mot. Et si les moais avaient réellement marché ? En testant l’idée, ils imaginèrent un déplacement debout, légèrement penché vers l’avant, en faisant basculer la statue d’un côté puis de l’autre, un peu comme on ferait bouger un réfrigérateur trop lourd.


Avec une équipe de volontaires, trois cordes et une bonne dose de persévérance, ils mirent l’hypothèse à l’épreuve sur une réplique à taille réelle. Contre toute attente, la statue avança, lentement, régulièrement: elle marchait.


Cette découverte venait éclairer bien des énigmes :


  • la base arrondie des moais, parfaite pour ce mouvement d’oscillation;

  • leur légère inclinaison vers l’avant, adaptée à une posture debout;

  • et ces anciens chemins de pierre qui semblaient conçus pour guider une marche, non un glissement.


Illustration by Fernando G. Baptista, @National Geographic
Illustration by Fernando G. Baptista, @National Geographic

Loin de dissiper la magie, cette explication la rend encore plus belle. Elle révèle une vérité simple: les Rapa Nui n’avaient pas besoin de miracles, seulement d’intelligence, de coordination et d’un sens remarquable de l’équilibre. Leur génie incarnait cette capacité humaine à transformer ce qu’on a sous la main en solution élégante.


Aujourd’hui encore, les moais veillent sur l’île, immobiles et stoïques, posés sur leurs ahu* comme si leur voyage s’était achevé la veille. Ils restent les témoins d’une ingéniosité ancestrale, d’une culture vivante qui continue de nous interroger et de nous inspirer.


Et peut-être est-ce là le vrai message des géants de pierre: un mystère n’est pas seulement là pour nous troubler, mais pour nourrir notre curiosité, nous pousser à chercher, à comprendre, et, parfois, à réapprendre comment faire marcher un géant.



*Un ahu est une plateforme cérémonielle en pierre de l’île de Pâques, servant de base sacrée sur laquelle sont érigés les moais


bottom of page