En mars 1541, Henri VIII hurle sur ses conseillers pour l’avoir « privé » de son meilleur Lord Chancellor, Thomas Cromwell. Lorsque nous pensons au règne du monarque anglais (1509-1547), les premiers éléments qui nous viennent à l’esprit sont le mythe de Barbe-Bleue ou la création de l’Église anglicane. Mais ce que nous retenons moins, c’est l’importance qu’ont eue ses conseillers dans l’ombre. L’un d’eux sort du lot, Cromwell. En effet, ce fils de teinturier, qui avait de nombreuses qualités, est parvenu à grimper toutes les strates de la société jusqu’à atteindre le statut de secrétaire général auprès du roi. À l’occasion de la sortie des deux saisons de Wolf Hall sur Arte, il est intéressant de voir l’influence qu’a eue Thomas Cromwell sur l’exercice du pouvoir en Angleterre.

Zacharie Allard-Latour
8 janv. 2026
Des origines relativement modestes
Cromwell naît en 1485 dans une famille modeste près de Londres d’après la majorité des historiens, même si des doutes subsistent. À noter que l’une de ses sœurs est l’ancêtre du fameux Oliver Cromwell. Mais très vite, il semble destiné à une autre vie. Dès 1500, il quitte son foyer. Il voyage jusqu’à Florence où il participe aux guerres d’Italie du côté des Français. Il deviendra plus tard marchand à Anvers, point névralgique du commerce européen à cette période. Ses nombreuses péripéties lui permettent d’acquérir la maîtrise de plusieurs langues dont l’italien, langue qu’il est de bon augure de maîtriser. Cependant, vers 1512, il rentre en Angleterre où il devient avocat, courtier et prêteur d’argent. Le grand artisan de la réforme anglicane en devenir se charge surtout de régler de petites affaires juridiques telles que la rédaction de testaments.
De la teinturerie au trône : l'ascension d'un roturier
En 1520, Cromwell est repéré par le cardinal Thomas Wolsey, alors principal conseiller du roi, pour ses compétences en droit et en gestion financière, mais surtout pour sa maîtrise de l’italien. Wolsey, étant donné son amour pour le luxe, fait en effet appel à un architecte italien pour notamment la construction d’un immense tombeau.

Peu après la chute de son maître en 1529, Cromwell, alors très apprécié du Tudor, devient conseiller privé du roi bien qu’il n’ait jamais fait d’études préalables concernant la gestion des affaires du royaume. Ce qui retient l’attention chez ce personnage, c’est sa capacité à gravir les échelons de la société malgré ses origines modestes, grâce à ses qualités dans le règlement des affaires administratives. En effet, ce fils de teinturier est arrivé à ce statut sans, chose unique, avoir appartenu à l’Église. Néanmoins, Cromwell ne se contente pas de ce poste. Il siège aussi au Parlement, il est un administrateur reconnu et il sera même nommé secrétaire général en 1534.
Un homme d’État inventif et influent
Cromwell est reconnu aujourd’hui comme le grand instigateur de la réforme anglicane. Cela lui confère une influence à la cour qui lui attire beaucoup d’ennemis. Mais à côté de ce fait d’armes, c’est lui qui aura l’idée de faire du divorce avec Catherine d’Aragon une question juridique et non religieuse, permettant de contourner l’autorité du pape. Thomas a cependant auprès de certains historiens l’image d’un inquisiteur cupide pour son implication dans l’expropriation du clergé qui bénéficiera à la couronne. Mais il est nécessaire de se rappeler que c’était avant tout un homme d’État omnipotent qui connaissait les abus de l’Église. De ses propres mots, il a vu des moines vivre plus aisément que des seigneurs.
La chute de Cromwell et son héritage
Cromwell sera exécuté le 25 juillet 1540 après un procès expéditif pour haute trahison, à la suite d’une conspiration dirigée par plusieurs personnes d’importance dont le duc de Norfolk, qui réussira à convaincre le roi de la supposée traîtrise de Cromwell. Si j’ai tenu à présenter ce personnage historique, c’est qu’il est toujours instructif de se pencher sur les figures qui ont traversé notre histoire car elles ont su, à leur manière, laisser une trace. Pour Cromwell, c’est surtout sa capacité à être très fin dans ses lettres pour amener le destinataire à penser dans son sens. Pour aller plus loin, le règne d’Henri VIII fascine encore aujourd’hui comme le montrent les nombreux livres et séries qui en parlent, comme Les Tudors ou encore Wolf Hall. Mais attention à ne pas tomber dans le piège de l’histoire romancée.
Sources :
Erlanger, P. (2016). Henri VIII. Éditions Perrin.
Demotz Blandine, Fanny Cohen Moreau, (2023, 20 Octobre). Blandine et Thomas Cromwell. [Podcast audio]. Dans Passion Modernistes. https://passionmedievistes.fr/?post_type=post&p=5868







