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Le sport est-il devenu excluant ?

 

[Temps de lecture : 4 minutes]

Le 6 novembre dernier, tuteurés et tuteurs du pôle post-bac de Prépa’Rémois, ont eu la chance d’assister à une rencontre de football de Ligue 1 opposant le Stade de Reims au FC Nantes. Le match s’est soldé sur le score de 1-0 en faveur de l’équipe rémoise à domicile, au stade Auguste Delaune.

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Le stade Auguste Delaune

Le nom de ce stade rend hommage au résistant communiste français, qui a toujours œuvré en faveur de la démocratisation et de la popularisation du sport, en tant que secrétaire général de la FSGT (Fédération sportive et gymnique du travail) ou que fondateur du journal clandestin Sport libre sous l’Occupation. C’est justement la question qui nous intéresse ici : comment le sport est un facteur de diversité et d’ouverture sur le monde ?

À tort, on pense que les activités sportives sont naturellement plus accessibles que les activités culturelles traditionnelles, dites légitimes (musée, théâtre, opéra). Il n’en est rien. Ce match a été pour beaucoup l’occasion d’assister pour la première fois à un événement sportif de ce niveau et de cette ampleur. C’est pour cela que ce type de sortie a du sens, autant de sens que d’aller au théâtre. Dans les deux cas, les tuteurés accèdent à des activités auxquelles ils n’ont pas l’habitude de participer.

Comment expliquer cette distanciation vis-à-vis de la chose sportive ? Le sport, et a fortiori le football, sont généralement perçus comme ce qui relève plutôt du populaire, de l’accessible ; à la différence du théâtre ou de l’opéra, qui sont davantage perçus et analysés par la sociologie comme socialement marqués, et « excluant ». Le sport n’est donc pas aussi accessible et inclusif que ce que la doxa le laisse présager.

sociologie comme socialement marqués, et « excluant ». Le sport n’est donc pas aussi accessible et inclusif que ce que la doxa le laisse présager.

Dans sa dimension pratique, le sport semble largement facteur de diversité, car il est ouvert à tous. En effet, chacun peut jouer en bas de chez lui avec ses amis, pratiquer des activités sportives à l’école ou se licencier dans le club de sa ville dans le sport de son choix. Mais, il existe tout de même quelques exceptions et donc des inégalités dans les pratiques sportives, avec d’une part des sports qui sont valorisés et perçus comme valorisants, et d’autre part des sports dits plus populaires, et accessibles à tous.

Les premiers nécessitent un apport économique plus important et sont donc en général réservés aux enfants des classes les plus favorisées, qui en retirent en retour un capital social et symbolique d’autant plus importants. C’est le cas du tennis, du golf ou du polo par exemple.

Cependant il ne s’agit pas dans le cadre de notre réflexion de pratique sportive, mais d’accès aux événements sportifs en tant que spectateur. Et là aussi on pourrait s’attendre à une accessibilité à

On pourrait parler de gentrification sportive - sur le modèle de la gentrification immobilière, qui désigne les transformations de quartiers populaires dues à l’arrivée de catégories sociales plus favorisées qui réhabilitent certains logements et importent des modes de vie et de consommation

tous. Pourtant cette vérité historique semble aujourd’hui remise en cause. Si assister au match de football de son équipe favorite restait encore il y a peu de temps abordable, les prix semblent s’envoler dans de nombreux stades français et européens, de telle sorte que des habitués ou des spectateurs occasionnels se trouvent de plus en plus exclus des stades au profit d’un public qui a davantage de moyens.

différents. Un exemple paradigmatique de cette gentrification  du football ? Le Parc des Princes. Selon un rapport de l’UEFA de 2019, les supporters du PSG devaient débourser près de 90 euros en moyenne pour assister à un match de leur équipe - le prix le plus élevé en Europe.

Le Parc des Princes

Pierre Bourdieu

À la différence du théâtre, de l’opéra ou du musée, cette exclusion n’est ni maquillée ni intériorisée. Dans L'Amour de l'art, Pierre Bourdieu affirme que la fonction d'un musée est d'établir une frontière d'autant plus puissante qu'elle est invisible et officiellement inexistante entre ceux qui se sentent habilités à entrer dans le monde de l'art, qui y sont à l'aise, et ceux qui, de l'autre côté, se sentent exclus, illégitimes, et reconnaissent la supériorité culturelle des classes qui

fréquentent ces lieux. L’exclusion est ici, dans le cadre du spectacle footballistique, bien visible et tout simplement économique.

En fait, on pourrait aller plus loin, le sport comme universel et accessible à tous a toujours été un mythe. À l’image de la société, les structures sportives sont traversées par des comportements racistes, sexistes ou homophobes, et sont donc de facto excluantes pour certaines catégories de la population. Le sport a pendant longtemps exclu ou infériorisé les femmes et les minorités LGBTQI+. L’homosexualité reste aujourd’hui encore un tabou dans le football masculin, comme le raconte Ouissem Belgacem dans son livre autobiographique Adieu ma honte. Il en va de même pour le racisme : si une diversité importante d’origines et de couleurs de peaux coexistent au sein des équipes professionnelles de football, certains joueurs restent encore beaucoup trop sujets à des injures à caractère raciste de la part de joueurs adverses ou du public.

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Couverture: 

Adieu ma honte,

Ouissem Belgacem

En fait, on pourrait aller plus loin, le sport comme universel et accessible à tous a toujours été un mythe. À l’image de la société, les structures sportives sont traversées par des comportements racistes, sexistes ou homophobes, et sont donc de facto excluantes pour certaines catégories de la population. Le sport a pendant longtemps exclu ou infériorisé les femmes et les minorités LGBTQI+.

Le sport doit rester facteur de diversité et d’ouverture sur le monde. Les compétitions sportives sont, à l’image des Jeux Olympiques, ces moments de rencontre qui rassemblent des équipes et des supporters de nationalités et cultures différentes. Mais pour continuer de pouvoir promouvoir ce message, elles doivent rester accessibles à tous. C’est pourquoi la question de l’inclusivité devient primordiale pour les organisateurs d’événements sportifs, sinon l’esprit même du sport et de la compétition disparaît.

Les Jeux Olympiques de Paris de 2024 devront être populaires, ou ne seront pas.

Corentin Plantard

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